Passionnée de politique et profondément humaniste, je m’interroge depuis des années sur le lien entre mes terres d’attachement et la nationalité que j’ai sur le papier.
Je suis née au Cameroun et j’y ai passé les 16 premières années de ma vie dans une innocence bienvenue :-). J’ai aimé ces années de jeunesse, les moments en famille, les amitiés créées et entretenues par la suite, la diversité culturelle et gastronomique, le climat tropical, l’hymne national de mon pays et la fierté qui caractérise mes concitoyens.
Une fois mon bac scientifique en poche, je me suis envolée vers la France où j’ai intégré une université francilienne, puis une école d’ingénieur… De fil en aiguille, j’ai fait mon bout de chemin : démarré une carrière d’ingénieure en informatique, rencontré l’homme de ma vie, fondé un foyer. Et sur le chemin embrassé tout ce que la France a su me donner en 20 ans de présence sur son territoire.
Je me sens donc aujourd’hui à la fois camerounaise et française !
Mais puis-je participer librement aux scrutins électoraux des 2 pays, ne serait-ce qu’au niveau présidentiel ? Ici et là-bas, j’entends des conservateurs me demander de choisir quel pays j’aime le plus. Ou auquel je suis la plus attachée. Des amis me questionnent sur l'évolution de mes valeurs avec le temps et leur éventuelle érosion au contact d'une culture étrangère à celle de départ.
On me fait parfois des procès d'intention ou on m'accuse de prendre fait et cause pour l'ancien colon au détriment de son ancienne "colonie" (ndlr : le Cameroun est une ancienne colonie allemande, qui a ensuite été divisée en 2 et mise sous protectorat français et anglais par la Société des Nations après l'échec des allemands lors de la 1ère guerre mondiale).
J’ai de la famille ici et ailleurs, des amis de part et d’autre de l’océan. Comment choisir ?
Les 2 pays m’ont fait grandir et ont fait de moi celle que je suis aujourd’hui. Je les aime avec leurs qualités et leurs défauts, leurs avantages et leurs inconvénients.
Je ne considère aucun des 2 comme un eldorado, mais tous 2 me remplissent de fierté et me semblent complémentaires pour construire l’identité et l’équilibre de la personne que je suis aujourd’hui, et de celle que je serai demain.
Je m’investis déjà ici dans la vie citoyenne, culturelle, religieuse et sociale de ma ville, et rêve d'en faire un peu plus là-bas...
Alors, comme un enfant qui aime son père et sa mère, je ne veux pas choisir. Comme un parent qui a plusieurs enfants, je ne veux en rejeter aucun. Juste aimer sans juger ni être jugée !
Si la France accepte la double nationalité et affiche fièrement ses sportifs / hommes et femmes de science ou de lettres / célébrités et politiques nés sous d'autres cieux, il en est autrement pour le Cameroun : malgré de nombreuses promesses faites par les dirigeants ou candidats à la présidentielle à l'attention de la diaspora au fil des ans, le pays ne reconnaît et n'accorde la double nationalité qu'à 1 nombre très limité de ses ressortissants.
Vive les citoyens du monde, vive la France, vive le Cameroun et tous les citoyens de la Terre - notre maison commune.
