En parcourant récemment le net, je suis tombée sur quelques articles intéressants.
Tout d'abord, un blogueur qui s'indignait de la création d'un site internet de rencontres dédiées au personnes mariées à la recherche d'une aventure.
Puis il m'est revenu à l'esprit un article récemment lu, qui traitait d'un site internet innovant proposant aux élèves de faire leurs devoirs à leur place.
Enfin, un troisième article a attiré mon attention: l'arrivée prochaine d'un nouveau venu sur la planète Internet qui solutionnerait les inquiétudes de tous les jeunes élèves en mal d'excuses crédibles lorsqu'ils souhaitent faire "l'école buissonnière".
Ces trois initiatives ont en commun de proposer aux populations ciblées des services contre rémunération, mais la particularité qui m'amène à rédiger cet article est le rapport à la morale que ce genre de proposition pose... Je vais tenter d'expliciter mes idées en traitant chacune des initiatives l'une après l'autre.
Concernant le concept de la première idée, permettre à des personnes en couple (via les liens du mariage ou de façon plus informelle) de tromper leur conjoint: certains arguments évoqués disent qu'il s'agit de quelque chose qui se fait déjà, et qu'il n'y a donc là rien de nouveau; pourquoi donc tant d'indignation? L'ingénieux initiateur du site ne ferait que "répondre à un besoin". Parlons-en donc...
Effectivement, il existe plusieurs sites de rencontre qui permettent de mettre en relation des personnes sans tenir compte de leur statut marital. Des personnes mariées peuvent donc les utiliser pour rechercher une aventure (amoureuse ou non). Mais il s'agit là d'une utilisation détournée du but premier des dits sites: mettre en relation des personnes "célibataires".
On a aussi cette émission de télé où des couples viennent "tester la solidité" de leur couple sur une île paradisiaque qui accueille également des célibataires venus jouer le rôle de tentateurs... Mais il s'agit là de télé-réalité et on ne sait jamais (à moins de connaître personnellement certains participants, ou d'en faire partie) s'il s'agit là de scénarii joués d'avance ou si ces couples sont réels hors caméra. Par ailleurs, il doit y avoir tellement de sélections que l'on ne peut pas dire que ce soit accessible au premier venu - ce qui n'est pas le cas de notre site web.
Enfin, on pourrait rétorquer qu'il ne s'agit pas forcément de "tromper" son conjoint, mais juste "d'aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte" ou de tenter de "mettre du piment dans sa vie". Cette initiative serait même louable car elle permettrait de se rendre compte de ce que l'on a, ou de corriger le tir si l'on avait fait le mauvais choix jusqu'ici... On peut aussi discuter longtemps sur la signification profonde du mot "tromper", pour savoir si cela implique ou non les flirts, les relations amoureuses, etc. Il serait curieux de demander au conjoint de la personne concernée ce qu'il en pense ;-)
Le deuxième concept consiste à faire les devoirs à la place des élèves qui n'y arriveraient pas, pour diverses raisons: fainéantise, manque de volonté/de motivation, niveau de connaissance insuffisant, peu importe. Là aussi il faut bien entendu mettre la main à la poche, tout travail méritant salaire.
Il paraît que la triche n'est pas répréhensible pénalement, et que les élèves sont conscients qu'au moment de l'examen ils sont seuls devant leur copie. Par ailleurs, le promoteur du site se défend de fausser le jeu: il y aurait en effet un délai de 48h entre la requête et la réponse...
Mais les questions qui se posent alors sont multiples: ne s'agit-il pas là d'une cible facilement influençable? Combien d'entre nous considéraient la séance de devoirs comme une partie de plaisir? Il s'agit là d'une des choses dont on prend conscience de la valeur avec le recul. Cela ne va-t-il pas par ailleurs fausser le niveau de la classe? En effet, si tous les élèves en difficulté font appel aux services de ce site, comment se rendra-t-on compte de leurs lacunes à temps? Et n'est-ce pas agrandir la détresse de ces derniers et de leurs parents, qui seront impuissants et tomberont des nues devant la différence de résultat entre les devoirs maison et les devoirs sur table?
Quant au troisième concept, c'est bien le plus intriguant des trois à mon humble avis; je dirai même le plus vicieux. Je m'explique: quelque part autour de la promotion du site, il est clamé que les élèves ont mieux à faire que d'aller en cours, alors des personnes qui se préoccupent de leur bien se chargent de leur trouver des excuses qui passeront comme une lettre à la poste pour justifier leur absence.
Ah bon? Qu'est-ce qu'il y a de plus important que d'aller à l'école (dixit le parent relou "réfractaire" à l'épanouissement de son cher petit)? Bah rester glander au lit, jouer à la console ou au PC, lire un bon bouquin, sortir avec ses potes, aller au ciné, bref plein de trucs (en gros, vivre sa vie quoi!). Nan, je rigole!
Plus sérieusement, l'école est aussi un apprentissage de la vie, et il est important de savoir qu'il y a des règles et qu'on ne fait pas toujours ce que l'on veut. Et même si on le pouvait, il n'est peut-être pas bon de se laisser guider par ses seules pulsions et envies car elles peuvent être très changeantes et nous faire perdre le sens de l'équilibre ou de la mesure. Et si l'on veut réellement s'affirmer, pourquoi le faire dans le mensonge? Tout a un prix (en tout cas une bonne partie des choses), et il faut être prêt à le payer. Par conséquent, si l'on sèche l'école il faut l'assumer et accepté d'être sanctionné ou défavorisé (on ne rattrapera peut-être pas ce que l'on a perdu pendant cette séance ou cette journée).
De plus, n'est-ce pas initier la jeunesse de la nation au faux et à l'usage de faux (chose répréhensible par la loi) que de leur proposer l'utilisation de documents falsifiés (convocation au permis, mot du médecin, justificatif de retard de la société de transport) pour rendre crédible leur absence? Et tant qu'on y est, à quand l'étendue de cette initiative à d'autres cibles plus à même de payer (par exemple, employés souhaitant manquer une journée de boulot)?
Toutes ces initiatives me font froid dans le dos car on y retrouve les mêmes ingrédients: on fait croire aux gens qu'on leur donne ce qu'ils veulent, tout en minimisant/occultant les conséquences de leurs actes pour leur donner "bonne conscience". Car il est vrai que l'argent et la morale ne font pas toujours bonne conscience.
Pour ce qui est de la première initiative, elle offre une solution de facilité aux personnes sujettes au doute : on s'inscrit au cas où, puis on va y jeter un oeil quand ça va mal au sein de son foyer pour y trouver du réconfort, et de fil en aiguille on se retrouve peut-être engagé(e) dans une situation rocambolesque qu'on aurait pu éviter en tentant dès le départ de résoudre les conflits naissants via la discussion et la communication. Par ailleurs, cela fragilise potentiellement les relations de couple en général, en y introduisant la méfiance vis-à-vis de l'autre (alors que c'est déjà si difficile de s'ouvrir à autrui et de laisser tomber sa muraille protectrice). Sans compter la seule idée que la personne en face (que l'on ne voit pas, vu que chacun est devant son écran) peut être votre conjoint... Qui des deux sera alors le plus embarrassé, et comment sortirez-vous votre couple de cet imbroglio?
Autant la première proposition vise (à priori) des personnes majeures, autant les deux autres s'attaquent à une tranche de la population qui se cherche et qui n'est pas forcément toujours assez mûre pour mesurer l'impact de tous ses choix. Jusqu'à preuve du contraire, beaucoup de collégiens et lycéens ciblés par l'initiative sont sous l'autorité parentale. Peut-être faudrait-il demander à leurs parents ce qu'ils en pensent?
Personnellement, je ne peux m'empêcher de voir dans ces concepts une création "vicieuse" d'occasions favorables: en gros, on vous entraîne sur un terrain glissant et on se désengage de toute responsabilité si vous veniez à tomber. Or vous auriez eu une probabilité de chute plus faible si dès la base vous étiez restés loin de cette piste glissante, cela va de soi.
Ce qui me préoccupe, ce ne sont pas tant les personnes qui se laissent séduire par ces initiatives - qui sont probablement en plus présentées de façon pour le moins alléchantes -, car même si quelques unes y trouvent leur compte une grande partie sera plutôt victime de l'exploitation de ses faiblesses, et la chair est malheureusement (très?, trop?) faible. Je suis plutôt concernée par l'état d'esprit qui motive les initiateurs de ces projets. La morale serait-elle devenue ringarde au point de chercher à tout nous vendre?
De plus, considérer qu'il suffit qu'il y ait de la demande pour proposer une offre me paraît quelque peu malsain. Sinon, pourquoi la pédophilie et l'esclavage sont-ils si lourdement punis? Il y a bien de la demande derrière... Mais il ne s'agit pas non plus de faire de grossiers amalgames, restons-en au sujet qui nous préoccupe.
Ce que je remarque aussi, c'est que dans chaque cas il y a une ou plusieurs victimes collatérales:
- dans le cas du conjoint délaissé par sa moitié adhérente du premier site, les voeux prononcés lors du mariage/de l'union peuvent être rompus s'il y a tromperie.
- Si les devoirs faits par un tiers, l'enseignant et les parents sont dupés.
- avec le 3e site, l'enseignant est également trompé, et en plus s'il arrive quelque chose à l'élève pendant son absence il n'est pas couvert et cela implique alors potentiellement beaucoup plus de personnes (par exemple s'il est impliqué dans un accident de la route).
Sans compter que dans les 3 cas, la personne qui souscrit au service se fait ponctionner de l'argent sans garantie du résultat promis : le conjoint trompeur peut perdre la vie stable qu'il a alors qu'on lui promet l'épanouissement, l'élève qui fait faire ses devoirs peut être démasqué comme tricheur et pénalisé sévèrement, le faux alibi proposé peut aussi tomber à l'eau de façon accidentelle et mettre son utilisateur dans de sales draps (usage de faux). Bref, comment se rendre plus malheureux qu'on ne l'était au départ, parce que l'on court après le bonheur ou la liberté...
Un nouveau parcours du web m'a moyennement rassurée: les différentes initiatives étaient en général des "fakes", c'est-à-dire des faux sites lancés uniquement pour faire du buzz et faire parler de leur promoteur. Et quand elle se sont avérées réelles, elles n'ont pas eu le résultat escompté (trop peu d'inscriptions) et ont finalement dû mettre la clé sous la porte. Comme quoi, tout n'est pas perdu et il y a vraiment de l'espoir pour nos lendemains :-).
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